L’enclave âgiste & son pouvoir anti-Occident

On dit, en psychologie cognitive, que « la mémoire épisodique désigne le processus par lequel on se souvient des événements vécus avec leur contexte (date, lieu, état émotionnel). Cette sous-partie de la mémoire à long terme s’oppose à la mémoire sémantique qui est la mémoire des faits et des concepts. »

scan_cerveau
Dans ces images de scanner, je trouve très intéressante la forme du cerveau ; entre les deux images, celle de droite est censée illustré un état de concentration plus poussé. En faisant un lien entre les deux, cela me fait penser à une boite se déformant.

Il parait aussi que « la mémoire épisodique ne se limite pas à l’enregistrement d’informations factuelles, situées dans leur contexte temporel et spatial. Le souvenir épisodique est aussi associé à un état de conscience dit « autonoétique » qui offre à l’individu la capacité de « voyager mentalement dans le temps », de se représenter consciemment les événements passés et de les intégrer à un projet futur. »

Ainsi, la mémoire, l’accès aux souvenirs et autres songes, est un phénomène subjectif. L’Histoire avec un grand « H » fait partie des sciences humaines. Et à ce titre de science, c’est une discipline que ses pratiquants considèrent pouvoir mettre en œuvre de manière rationnelle et objective. Au final, j’aime à comprendre que le système de pensée dit objectif n’est rien d’autre qu’un ensemble de règles subjectives achalandées de manière à autoriser et valider l’utilisation d’arguments ou d’agissements destinés à modeler notre environnement (humain ou non) à notre convenance. Cette culture intellectuelle est répandue sur toute la planète mais de manière inégale selon l’Histoire culturelle dominante de la région… Tout cela m’est venu à l’esprit après des recherches et en réfléchissant au rapport que nous avons avec notre Histoire, à travers les représentations et les images que nous en avons, ici en Guadeloupe.

Ici nous vivons deux principales réalités :

  • le maintien d’une majorité de personnes, à peau foncée pour la grande majorité, en un état d’addiction économique envers la « consommation », ce afin de nous entrainer à « chérir » une forme d’irresponsabilité collective – communément appelé départementalisation

et

  • l’entretien d’une vision du passé accordant une suprématie quasi-éternelle à l’idéologie « pseudo-lumineuse » et « bienfaisante » de l’Occident en expansion

Cette stratégie est développée ainsi que les messages distillés dans l’école, à travers les médias, avec l’aide d’historiens ainsi que dans divers lieux dits « de mémoire ». Tout est destiné aussi à perpétuer la schizophrénie culturelle qui nous caractérise ici et qui autorise la poursuite de la domination économique, politique et culturelle de la France, en ce qui nous concerne. Quelques exemples simples pour illustrer cela :

– Notre gestion du langage et de la langue (« créole » et/ou français selon les humeurs et/ou les lieux)

– Guadeloupéens dans nos corps (physiques, sociaux, psychologiques), mais français dans nos projets

– « Napoléon 1er » considéré comme « grand français » en France, mais retenu , ici, comme celui qui a rétabli l’esclavage

etc…

Mais, en pensant à cela, on peut voir que le phénomène ne nous caractérise pas plus que d’autres. En France même, une fierté révolutionnaire est maintenue en même temps qu’une autre liée à tous les « exploits » matériels (architecturaux ou autres) de l’époque monarchique, par exemple. On a plus ou moins la même stratégie avec la résistance et la collaboration. Bien qu’on peut noter qu’un accent particulier est mis sur la culpabilisation liée au « traitement » des juifs par les français eux-mêmes durant cette période.

J’en viens là au cœur de ce qui a motivé cet article : le goût du « minéral » comme symbole de permanence et de stabilité avec au premier plan l’éloge d’une forme de matérialisme qui domine l’imaginaire de nombreux d’entre-nous. De nombreuses expressions de langue française donnent des indications sur le rapport aux choses dans cette culture : « porter sa pierre à l’édifice », « investir dans la pierre », « croire dur comme fer »… Ce sont autant d’images partagées tant sur « le vieux continent » que dans « le nouveau monde »… en tous cas du point de vue des groupes dominants. On peut trouver de nombreux exemples de « cristallisation » de cet état d’esprit dans les édifices mémoriels. Et on peut aussi y voir les « crispations » qui en découlent en raison de l’objectif politique qui sous-tend toujours ces réalisations.

Tout près de nous, aux États-Unis, nous avons l’exemple du « Mont Rushmore » qui engendra, en réaction, le projet du « Crazy Horse Memorial » .

 

 

Sur le site d’une montagne sacrée pour les « indiens », les « visages pâles » réalisent une sculpture (entre 1927 et 1941) en l’honneur de quatre présidents qu’ils considèrent comme étant les plus marquants de l’Histoire de leur pays. En 1948, un peu plus loin, ont débuté les travaux d’une autre sculpture. Ce projet initié par des « indiens », est toujours en construction car plusieurs fois plus grande que le précédent. Ce sont tous les deux des objets de vives critiques puisqu’ils sont édifiés sur des terres sacrées qu’ils défigurent et, surtout selon moi, ils expriment une culture et une forme d’expression visuelle en total décalage avec la culture traditionnelle liée à ces espaces géographiques avant l’arrivée des européens puis l’expansion des « blancs » américains.

Plus loin de nous, en Afrique du Sud, les restes des siècles d’apartheid officiel continuent de secouer les « ruines » persistantes de la ségrégation racialiste. La jeunesse étudiante en majorité a récemment porté un coup de marteau symbolique à des fondations que l’on pensait oubliées et pourtant durablement assises. En effet, après plusieurs années de protestations et de manifestations le mouvement des étudiants sud-africains a entraîné une prise de décision importante du conseil d’administration de luniversité du Cap : l’enlèvement de la statue de Cecil RHODES qui trônait depuis des décennies à l’entrée de leur fac, en vertu de la forte charge symbolique « raciste » liée à ce personnage et du contexte socio-historique du pays.

Université de Cape Town – Statue de Rhodes par Marion Walgate . Dévoilée en 1934 , et commandé par une université d’Etat (Photo : © Danie van der Merwe).
(Source : http://drum.co.za/news/uct-senate-in-favour-of-statues-removal/)
(Source : Site web de l’université du Cap – Photo : © Roger Sedres)

Cependant, on apprend à travers un article de l’université (http://www.uct.ac.za/dailynews/?id=9230) que cet événement aura été diversement apprécié de part et d’autres des « communautés ». En effet le rapport de chacun à la mémoire collective et à ses représentations est tout aussi subjectif que celui qu’il entretien avec son histoire personnelle. En dépit des efforts monumentaux que produisent les « élites » dirigeantes pour formaliser leur propre idée du vécu collectif, la vie étant ce qu’elle est – vibrante – les effets de leurs mises en œuvres ne sont pas perçus de manière uniforme… heureusement, la plupart du temps.

C’est ainsi dans ce même ordre d’idées que la question des représentations de l’héritage colonial occidental se pose d’une façon de plus en plus pressente dans tous les espaces où elle se pose frontalement, comme en Guadeloupe.

Deux édifices de tailles physiques tout à fait différentes ont vu le jour en 2015 dans l’archipel. La relation qu’il s’est établie entre eux et le peuple guadeloupéen a été d’une nature similaire à mes yeux, bien qu’elle ait entrainé des réactions opposées. Il s’agit de la stèle dédiée à l’arrivée des premiers colons français à Sainte-Rose et de l’immeuble « Mémorial ACTe ». Il est à noter que dans les deux cas, pour leur construction, on n’a pas demandé son avis à la population.

 

 

Pendant que la stèle de Sainte-Rose est fustigée et détruite,  l’édifice de Pointe-à-Pitre est soutenu par l’ensemble des médias et élevée au degré d’une « vérité locale universelle ». C’est un gros bloc de granit camouflé par des « racines d’argent ». Ce « Centre des Arts Bis » (en fait) est un immeuble monumental qui affiche l’ambition de nous éclairer sur l’histoire de la traite négrière et l’esclavage, en même temps que d’en commémorer leurs abolitions. C’est aussi un édifice qui a soulevé de nombreuses réactions, à mesure qu’il s’enfonçait dans le paysage… 2 choses qu’il continuera de faire apparemment longtemps.

Le Mémorial ACTe en cours de construction (Source : http://creoleways.com/2015/05/12/memorial-acte-et-independance-frantz-succab-mi-figue-jaune-mi-raisin-bord-de-mer/)
Le Mémorial ACTe en cours de construction en 2015 (Source : http://creoleways.com/2015/05/12/memorial-acte-et-independance-frantz-succab-mi-figue-jaune-mi-raisin-bord-de-mer/)

Parmi tous les très nombreux articles et commentaires à son sujet, une chose n’est pas dite : c’est l’essence matérialiste du message qui y est délivré. Les occidentaux ne sont pas les seuls à avoir accorder une valeur spirituelle au monde minéral. Par contre ils assument un amalgame idéologique entre la glorification de leur culture (notamment dans leur rapport à la terre) et la représentation qu’ils en font par les matériaux minéraux (métaux, diamants, etc). Par exemple, personne de se demande pourquoi depuis tant de décennies voire siècles, nous n’avons toujours accès qu’aux mêmes images et aux mêmes représentations de pierres notamment concernant nos ancêtres les plus anciennement liés aux terres de l’archipel de Guadeloupe. Où sont les pierres ornées de pétroglyphes amérindiens déportées par Louis-Joseph BOUGE au début du 20ème siècle ? Au musée des Beaux-Arts de Chartres ?! Mais alors, où en sont les images ?

La mémoire individuelle ou collective est sélective car subjective. Les édifices et autres constructions mémorielles en sont l’expression. Je pense simplement que derrière le questionnement de la symbolique de la pierre, globalement, se lève la question de notre rapport à notre environnement, à notre planète, à notre univers. La pulsion qui nous entraîne dans le modelage plus ou moins avancé de notre milieu de vie, avec l’idée principale de la soumettre à notre « volonté » exprime, selon moi, une idée « secrète ». Elle serpente en beaucoup d’humains : c’est celle qui voudrait que notre nature soit différente voire étrangère à ce monde. Nous nous percevons discrètement comme les dieux de ce monde à cause de notre sentiment de solitude face au cosmos. Je considère pour ma part que tout cela découle de la prédominance et l’exacerbation grandissante de la culture visuelle dans nos sociétés depuis plusieurs millénaires. Notre sens de la vue serait à la fois le socle et le caveau des politiques spirituelles dominantes depuis certaines époques de l’Égypte antique même. Je pense aussi que ce rapport au monde pollue nos imaginaires et est à l’origine de l’accélération de la destruction de notre environnement. Cet esprit « parpaing » comme j’aime à l’appeler nous domine car nos esprits et nos âmes y sont encastrés. Et l’image du « ciment qui lie » cache souvent l’image du mur qui enferme…

[Voir > http://www.msn.com/fr-fr/voyage/adventuretravel/les-plus-grandes-statues-du-monde/ss-AAd37Oc]

Un eugénisme culturel est patiemment exécuté grâce aux systèmes religieux, scolaires, aux médias et aux artistes dits « contemporains ». Mais il n’est pas plus « moderne » que cela, car c’est un phénomène à l’œuvre depuis plusieurs décennies voire plusieurs siècles. Cette manifestation culturelle spirituellement, socialement et économiquement encombrante entrave ceux qui la subisse afin de les contrôler. Par contre, ceux qui se considèrent eux-mêmes comme les pierres de taille fondant le socle mais aussi les murs de cet édifice culturel en jouissent allègrement, au dépend des autres pourtant plus nombreux, jusqu’à quand ?…

Les peuples sont considérés comme des ressources minières à traiter et exploiter jusqu’à épuisement du « stock » . Mais n’y a-t-il pas d’autres « voies » ou d’autres « voix » ?

 

Source > https://lukgama.wordpress.com/2015/09/11/lenclave-agiste-et-son-pouvoir-anti-occident/

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