La BD, les images et les antillais

Musée de l'histoire de l'immigration
Musée de l’Histoire de l’Immigration

Partie 1

Il y a quelques années, j’avais entendu à travers une interview d’un réalisateur d’origine métissée, sa volonté de faire un documentaire sur les afro-antillais arrivés en France, il y a quelques décennies. Finalement, je ne sais point si son projet s’est réalisé. Souvent à Noël, on nous sert des films méritants sur Delgrès, ou le film « Nég mawon » sur des jeunes ; ou alors « Antilles sur Seine » un film très inégal. Bien sûr, de nos jours, chacun peut prendre son smartphone, puis filmer et interroger ses grands-parents.

Quand on vit en France, on se rend compte que les gens ne savent rien des Antilles actuelles, exceptées des images véhiculées par le tourisme. C’est une des raisons pour lesquelles, je me suis souvent méfié de cette industrie. Enfant, je voyais des images de la Guadeloupe, avec des perroquets dans les arbres d’une forêt luxuriante. Cela n’existe plus, depuis l’arrivée des premiers colons et conquistadors. J’ai toujours eu peur que les gens soient forcés de jouer un rôle, qui soit le fantasme du touriste. Le tourisme a évolué ces dernières années. Les gens veulent aussi de la Culture, de l’authentique, du tourisme vert.

Si vous dîtes à un français qu’aux Antilles françaises, 50% des jeunes sont au chômage.,il a du mal à y croire, parce qu’il y fait beau toute l’année, et qu’on peut y faire du surf. En ce sens, le reportage de Canal+, qui avait fait grand bruit, est positif.
Comme nous avons un déficit d’images produites par nous-mêmes, des politiciens, peuvent épiloguer sur le régime colonial français dont les français pourraient être fiers.

Pour en revenir aux travailleurs antillais. J’ai croisé en France des personnes, qui y sont arrivées à l’âge de 16 ans, proches de la retraite aujourd’hui. Ce sont des agents de la fonction publique. On dit souvent que les antillais occupent des fonctions subalternes dans la fonction publique. Pourtant, en cherchant bien, on trouve des agents de catégorie A, B. Il y a 50 ans, auraient-ils pu réussir dans le privé ?

Avec la crise, tout le monde veut monter sa boîte, être entrepreneur. On dit même que notre éducation antillaise ne nous a pas assez poussés à être entreprenants… On doit nous rendre « responsables » afin qu’on devienne des Vineurzss (Winners).

Un jeune de grand-camp, me disait :  » pwoblèm-la, pa ni pon solidarité ».  Je pourrais rajouter : pa ni ankò ou po ti-ni ankò. Ola pwoblèm-la yé ? travay ansanm, fè  respekté dwa, kréyé on dot sistèm, trapé on diplomit karabiné, fouté fè… An pé pa di-w.

affiche de l'exposition au musée de l'immigration
Affiche de l’exposition

Partie 2

Le Conseil Général de la Guadeloupe, a fait travailler des auteurs de BD sur l’histoire de la Guadeloupe. J’apprécie cet excellent projet. Ainsi, je ne veux pas que mon propos ait l’air d’un reproche déguisé aux auteurs de BD antillais ou aux décideurs.

Au « musée de la Porte dorée », il y a une exposition sur la BD et l’immigration. Je m’y suis rendu avec un a priori.
Comme je m’en doutais, je n’ai pas trouvé, exposés, d’auteurs antillais ayant travaillé sur l’histoire de l’immigration des antillais vers la France. Cependant, vu les efforts faits par le Conseil Général, une dynamique va sûrement s’enclencher, et des BD verront le jour.

Les auteurs nord-africains et africains ont réalisé des BD ces 10 dernières années. Des auteurs antillais pourront encore se pencher sur le sujet.

Je ne serai pas trop long et vais simplement dresser un petit historique (non exhaustif) de la BD en rapport avec l’immigration :

1913  : George McMannus,
1931 : Henry Yoshitaka Kiyama « The four immigrants manga »
1974 : Moebius, « Cauchemar blanc »
1980 : Farid Boudjellal,
1985 : Hervé Baruléa BARU,
1992 : Pierre Christin et Daniel Ceppi,
1997  : Farid Boudjellal, « Le beurgeois »
1997 : Yvan Alagbé, « Ecole de la misère »
2000 : Hervé Barulea, BARU, « Les années spoutnik »
2002 : Farid Boudjellal, « Petit polio »
2004 : Faustin Titi et Eyoum Ngangué, « Une éternité à Tanger »
2006  : Patrick Essono Nkouna, « Pahé : La vie de Pahé »
2006 : Clément Baloup, « Mémoires de Viet kieu »
2007 : Enki Billal, « Belgrad-Sarajevo »
2007 : Shaun Tan, « Là où vont nos pères » (BD sans texte)
2007 : Hissa Nsoli, « Au péril de leur vie »
2008 : Clément Oubrerie, « Aya de Yopougon »
2008 : BD reportage de Jean-Philippe Stassen, paru dans Revue XXI n°1
2009 : Eduardo di Muro,
2009 : Charles Masson, « Droit du sol »
2013 : Halim Mahmoudi, « Un monde libre »

Quelques images de l’exposition :

moebius

bd reportage

yvan-alagbe

simon-mbumbo

halim-mahmoudi

shaun

tanger

shaun-tan2

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